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Todos estão convidados a participarem desse importante evento que será realizado em Strasbourg nos dias 27 e 28º de
setembro de 2012 e que terá como tema: "Penser autrement la vie, l'activité, le travail" (Pensar de outra maneira a vida, a
atividade, o trabalho)
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Je voudrais vous signaler la parution du livre « L’activité en dialogues », qui est en fait le deuxième ouvrage d’une série de trois, avec un même sous-titre conducteur « Entretiens sur l’activité humaine ». Après donc « Travail et Ergologie »[1], voici « L’activité en dialogue » et à venir, « le GRT ». Ces trois ouvrages sont pour moi un signe de maturité de la démarche ergologique. Mais il faut dire quelques mots sur ce qu’est l’ergologie. Voilà plus de quinze ans qu’elle se développe, essentiellement à l’université de Provence[2] où avec le temps, elle s’est approfondie, consolidée, pour donner aujourd’hui une vision anthropologique de la vie proprement humaine, comme une sorte de dramatique permanente de négociation entre la contrainte du « faire », dans le « ici et maintenant » de l’activité et un monde de normes, provisoirement stabilisées, antécédentes et anonymes, profondément ambiguës, et toujours en plus ou moins bonne adéquation avec la réalité des évènements. Maintenant, avant d’aller plus avant, il convient de mettre cette démarche dans notre environnent social où l’on voit, depuis maintenant dix, quinze, vingt ans, se développer de nouvelles pathologies dans le travail que l’on ne connaissait guère auparavant : stress, troubles musculo-squelettique, harcèlement, etc. Les chiffres vont croissants, sans que personne n’en ait vraiment la maîtrise, voire même la compréhension[3]. Pour faire bref, beaucoup trop bref pour un sujet aussi important, les milieux de travail tendent à devenir des milieux de souffrance plus que d’épanouissement. Alors, qu’en est-il de cette vie humaine au travail ? La démarche ergologique prend comme hypothèse fondatrice de construire une vision du travail en partant de l’« activité de travail ». L’hypothèse est de dire que si le travail est abordé, connu, sous de multiples formes, juridiques, économiques, politiques, syndicalistes, le travail proprement dit, à l’instant où il se déroule comme « activité », reste ignoré, méconnu, et parce que profondément humain on ne peut le voir autrement que comme « énigme ». Cette hypothèse fondatrice, son explicitation, est le contenu du premier ouvrage, « Travail et ergologie ». En quelques mots, on y apprend que toute activité est à la convergence de deux registres irréductibles l’un à l’autre, et à la fois complémentaires et conflictuels : ce qui a été prévu en amont, appelé registre I ou « normes antécédentes » et ce qui apparaît au moment même de son déroulement, à chaque fois de façon singulière. La distinction des ergonomes entre travail prescrit et travail réel peut en donner une idée forcément très simplifiée. Mais l’ergologie va plus loin en faisant le lien entre ces deux registres dans l’intimité même de l’activité. En effet, si la personne en activité a obligation de faire ce qui lui est demandé, de se plier au « normes antécédentes », en même temps, et cela a été largement montré, ces « normes antécédentes » sont toujours partielles, insuffisantes, incomplètes. Et la personne doit, à chaque fois, ne serait-ce qu’à minima, adapter, modifier, compléter, ces normes pour que le travail puisse être fait de façon convenable. C’est que qu’en ergologie on appelle la « renormalisation ». Ce mécanisme « normes antécédentes » - « renormalisations » est universel et incontournable. Supprimer le deuxième terme des « renormalisations » est le pari utopique que contient notre héritage taylorien. Le fameux « one best way » veut laisser croire que toute action bien préparée met la personne agissante en pure position d’exécutante. Or, nous dit l’ergologie, non seulement cet objectif est impossible, il y a toujours renormalisations, mais d’autre part, toute tentative pour aller en ce sens, est, pour les personnes en activité, invivable. Ce qui fait écho avec l’enjeu fort sur la santé que nous évoquions plus haut, et marque le lien essentiel et problématique entre les renormalisations et la présence en chacun de nous de valeurs qui nous sont propres. Le deuxième ouvrage ici présenté, « l’activité en dialogues » est un ouvrage qui marque la maturité politique de la démarche ergologique. C’est un ouvrage fait pour convaincre. La forme en « dialogues » paraît bien choisie car il s’agit maintenant de tirer les conséquences de cette posture. Toutes les choix, prises de positions, concepts, sont passés au crible de l’analyse. L’ouvrage est précis, rigoureux et, nous semble-t-il, convaincant. Le couronnement de l’ouvrage vient en dernière partie avec un type de document que l’on ne voit pas souvent, un manifeste : Le MANIFESTE POUR UN ERGO-ENGAGEMENT. Mais l’œuvre ne serait pas complète sans le troisième ouvrage qui reste à venir sur les Groupes de Rencontres du Travail (GRT). En effet, une telle réflexion ne peut éviter la question de son opérationnalité et le GRT, comme type d’intervention spécifique sur la façon d’aborder le travail, répond à cette demande. De nombreux GRT ont déjà eu lieu, et c’est du témoignage de ces expériences que sera tiré le contenu de l’ouvrage. Ainsi avec ce troisième point de vue, c’est fort de sa propre mise à l’épreuve dans l’activité réelle du travail que l’ergologie peut aujourd’hui tirer sa maturité scientifique et politique.
Pour clore cette brève introduction, je voudrais souligner les enjeux considérables qui sont ici en cause.
L’héritage taylorien nous a marqué de traces profondes, souvent positives, mais aussi négatives et les dérives actuelles du travail ne laissent pas d’être préoccupantes. Les enjeux
majeurs portés par l’ergologie sont alors de deux sortes. D’une part nous l’avons dit, en terme de santé, mais également en terme de connaissances, car il y a des connaissances qui ne se
révèlent pas dans les théories ou les analyses, mais passent d’abord par l’expérience, toujours renouvelée, que constitue chaque « activité ». L’ignorer, c’est prendre le risque
de gérer le travail en aveugle. [1] 2003, Editions Octarès [2] Création d’un master en 2004. [3] INRS, lettre d’information, janvier 2009 : « Troubles musculosquelettiques La hausse du nombre de TMS se poursuit. Avec plus de 34 000 cas indemnisés en 2007, les troubles musculosquelettiques demeurent la première cause de maladies professionnelles. Cette même année, les TMS ont été responsables de la perte de 7,5 millions de journées de travail et ont engendré quelque 736 millions d'euros de dépenses pour l'Assurance maladie ». |
Sur « L'activité en Dialogues, entretiens sur l’activité humaine II » et le "Manifeste pour un ergo-engagement"
Sous la direction d’Yves Schwartz et Louis Durrive (1)
Plus qu’un compte rendu, ceci est un commentaire personnel à partir des concepts développés dans cet ouvrage essentiel et attendu. Pour être très bref, je commence par la fin (comme « preuve, démonstration » de la suite) et je « concentre », ce qui risque de rendre cette parole difficile…...
Plus la dictature de la mesure de quantité de valeur marchande se rigidifie, et se dissout dans le même temps, envahit toutes les normes, comme un gaz qui se répand avec des effets bien tangibles et bien au-delà du « travail stricto sensu », plus la mesure quantitative des besoins d’échange, de besoin tout court devient fantôme.
Devient fantôme mais hante bien les consciences, et les corps, le corps-soi, aussi en tant que besoin de transformation sociale, de besoin de vie tout court.
Les valeurs sans mesures, mesurables « dans une autre qualité », sont ainsi la présence de la mesure quantitative des besoins dans la mesure quantitative de la valeur (exemple : tant d’habitation pour tel lieu, tant de nourriture, tant d’heures de formation sur tel champ d’un ensemble, d’une entité dans ses frontières poreuses, tant de temps pour flâner -comme dit W.Benjamin, flâner dans le travail, l’activité, flâner avec « concentration ! »-, tant d’acquis proche et lointain hérité, transformé et développé dans l’activité nouvelle, le tout dans son unité, sans dichotomie esprit-corps, tangible-symbolique).
Cette mesure des besoins (allant jusqu’à la distribution directe aux populations, sans monnaie) c’est bien ce qui a marqué et marque tout moment, tous prémisses de transformation progressiste des régimes politiques, sans pour cela reconstituer un quelconque « communisme primitif », mais au contraire en s’appuyant sur le progrès des moyens humains et « matériels » de production.
Ainsi le politique le plus réduit soit-il, devient et reste le lieu d’expression des valeurs sans mesure, le servant et le dé-servant en même temps jusqu’à ce que la vie exprime par elle-même, c'est-à-dire aussi par la volonté humaine, et les prémisses d’une société qualitativement nouvelle et sa construction complexe.
Le politique, c'est-à-dire, l’expression consciente d’un processus inconscient, dont l’ergo-engagement est une pointe avancée.
La négation A-M-A’ n’est pas réductible à un retour à l’échange marchand primitif, mais fait appel aux résidus de la cité primitive et de l’artisanat, les développant dans la forme achevée d’un mode de production non marchand (manifeste sur l’ergo engagement), communiste. C’est pourtant ce type de contestation (négation simple de A-M-A’), reflet aller-retour de la production « réelle », qui domine la phase actuelle, et par conséquent aussi dans le débat politique, syndical et même ergologique, et la « reconstruction de la gauche » passe par la négation de cette négation de même que l’ergo-engagement est lié et dépend à double sens de l’évolution politique dans ses moindres détails.
« L'activité en Dialogues, entretiens sur l’activité humaine II » et le "Manifeste pour un ergo-engagement, d’Yves Schwartz" sont une « plongée » qui me passionne autant pour son utilité que comme un magnifique voyage où s’avancer lentement et avec prudence pour reconnaître le terrain à chaque pas, et s’enfoncer avec détermination le plus avant possible de ce « retour à la conscience d’acte collectif » qu’ils constituent.
Pierre Assante, 21/03/2009
(1) Nathalie Clar ; Eliza Echternacht ; Stéphanie Mailliot ; Nicole Mencacci ; Muriel Prévot-Carpentier ; Bernadette Venner ; Mariana Verissimo, ainsi que Louis Durrive ; Xavier Roth et Yves Schwartz.
Octarès Editions, 24, rue Nazareth 31000 Toulouse, France Tel : 05 61 25 78 45 –
email : info@octares.com