1. Question :
Pouvez-vous présenter les objectifs de votre association « Observatoire et Rencontres du Travail » ? Qu’est-ce qui sera au cœur de vos travaux durant ces
journées ?
Réponse : Pour pouvoir répondre à ces questions, il nous faut tout d’abord partir d’un premier constat : Le point de vue du travail
n’est pas suffisamment pris en compte aujourd’hui. Là où on le gouverne, là où on le réalise, là où il devrait être incontournable pour l’élaboration de nouveaux savoirs..., nous
sommes très loin de ce qu’il serait souhaitable – et possible de faire. Pour diverses raisons, le travail est mis au silence ou alors quand on parle de lui, on en parle de manière abstraite, en
négligeant l’activité qu’y déploient les personnes et les collectifs.
Notre conviction est qu’il peut en être autrement. Dans les statuts de notre Association, nous avons tenu à indiquer toute l’importance que nous
accordons au « primat de l’activité humaine pour aborder les problémes de Société ». Aussi, nous n’acceptons pas ces univers de vie collective où les questions se règlent en
faisant l’impasse sur la connaissance du travail. L’actualité nous montre qu’il y a trop de situations aberrantes, trop de gâchis, trop de souffrances physiques et morales … qui prolifèrent
sur l’ignorance du travail. Il est difficile d’admettre cela quand on a réuni les preuves qu’il est possible de faire autrement.
Avec notre Association, qui se propose d’œuvrer pour le développement des « Rencontres du Travail », nous appréhenderons
différemment les questions du travail.
2. Question : Que
voulez-vous dire ? Faut-il comprendre que l’on ne tiendrait pas suffisamment compte du point de vue des travailleurs dans la France d’aujourd’hui ? Ou encore qu’il faudrait donner plus
de crédit à la « valeur travail » ?
Réponse : Ce n’est pas exactement de cela dont il s’agit quand nous utilisons l’expression « le point de vue du travail ».
Que les personnes qui réalisent le travail puissent être davantage entendues, mieux écoutées, ou encore mieux comprises, que l’on puisse y voir plus
clair sur ce qu’il y a derrière l’expression « la valeur travail »… voilà de vrais sujets de réflexion… mais malheureusement trop souvent abordés d’une manière abstraite ou
réductrice.
« Le point de vue du Travail » n’est pas un ensemble d’opinions (celle du travailleur, celle de son employeur, celle de son client)
qu’il suffirait d’agréger. Le point de vue du travail est à construire … Pour cela, l’approche ergologique, sur laquelle nous nous appuyons, propose
« la matrice des dispositifs dynamiques à trois pôles ». Il s’agit de permettre aux chercheurs et aux acteurs du travail de trouver le protocole le mieux adapté à la
situation.
3. Question : Vous êtes
donc un groupe d’universitaires qui souhaitent faire mieux connaître leurs travaux en dehors de
l’Université ?
Il y a des universitaires dans notre Association. Mais notre Association est sur des enjeux qui dépassent largement les murs de l’Université. Nous sommes
sur les questions du travail. Et si l’on travaille au sein de l’Université, on travaille également en dehors de l’Université.
S’il y a quelque chose de commun entre nous tous, c’est qu’à un moment ou à un autre chacun rencontre des interrogations sur « l’usage de soi »
dans sa situation de travail :
Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je ne pourrais pas faire autre chose ? Ou le faire autrement ? En quoi ce que je fais (ou ce que je ne fais pas) fait retour sur « moi » ? Sur les autres ?… Comment, ou encore en m’appuyant sur quelles valeurs,
j’essaie d’orienter mon activité et aussi celle des autres dans une situation professionnelle ?
Chacun comprendra que « l’usage de soi » n’est pas exclusivement une question d’universitaires, mais qu’elle nous sollicite tous sur ce que
l’on souhaite vivre « au niveau personnel », et aussi du « vivre ensemble ».
Aussi, notre association est ouverte largement à toutes les personnes qui vont à la « rencontre du travail » pour élaborer de nouveaux savoirs,
de nouvelles possibilités pour le « transformer ». Nous réunissons donc des salariés, des retraités, des syndicalistes, des cadres, des universitaires, des personnes qui exercent dans
de grandes entreprises, d’autres dans de toutes petites structures. La diversité de statut n’est pas un handicap, bien au contraire : c’est une source d’enrichissement ! L’essentiel, c’est
que nous parvenions à mettre en commun nos expériences dans cette prise de position « faire prendre en compte le point de vue du travail dans notre vivre ensemble ». Il faut dire que ce
n’est pas toujours facile quand tout dérive vers la priorité absolue de l’urgence, de la performance, des rapports marchands… Mais chaque fois qu’on y parvient, des nouvelles possibilités
de vie et de pensée s’ouvrent.
Si nous sommes positionnés en dehors de l’Université, c’est pour pouvoir mieux coopérer avec l’Université. D’ailleurs, notre association n’existerait
certainement pas si au début des années quatre-vingt au sein de l’Université à Aix, une petite équipe d’universitaires ne s’était préoccupée des questions du travail. Le dispositif d’Analyse
Pluridisciplinaire des Situations de Travail qu’ils ont initié avec les acteurs du monde du travail a permis l’élaboration du patrimoine ergologique sur lequel nous pouvons prendre appui
aujourd’hui. De plus nous recherchons des coopérations étroites avec toutes les équipes d’universitaires qui s’inscrivent dans la démarche ergologique en France et hors de
France.
4. Question : Quel sera
le programme de vos trois journées des 20,21 et 22 septembre ?
Tout d’abord, disons que nous sommes heureux de pouvoir tenir notre Université à Port de Bouc. Cette ville et les expériences liées à la
connaissance des questions de santé au travail qui s’y sont déroulées dans les années quatre vingt ont largement contribué au développement de la démarche ergologique. Notre association est
fière de pouvoir revenir à une des sources de son patrimoine.
Nous n’oublions pas la dimension internationale de notre démarche, ainsi cette année à Port de Bouc, une délégation brésilienne, composée de
médecins,chercheurs, professeurs, étudiants, sera présente et à partir de sa propre expérience, participera aux exposés, échanges et débats.
Durant ces trois journées nous souhaitons pouvoir consolider ce que nous avons amorcé lors de notre première Université en septembre 2006 à Marly- Le-Roi
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Nous sommes en mesure à présent de réfléchir sur des exemples concrets de « Groupes de Rencontres du Travail » Cela
devrait nous aider à mieux préciser :
ð Comment valoriser
l’apport de la démarche ergologique pour un « travailler autrement » ?
ð La place
que devrait prendre la professionnalité ergologique aujourd’hui
ð Le rôle de
l’ORT pour le développement de la démarche Ergologique
Au regard de notre attention pour le travail et pour le devenir humain, ces trois journées seront placées sous le sceau de la rigueur
dans la pensée et de la convivialité.
Nous tenons à remercier la municipalité de Port de Bouc et ses élus pour leur accueil et le soutien actif à notre projet qui a rendu possible la tenue de
l’ université d’été de l’ORT cette année.
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